Renforcement des capacités des organisations de la société civile pour la conservation des espèces dans la région méditerranéenne

Dans le cadre de la plateforme Mubadarat, l’UICN Med, en collaboration avec le Ministère tunisien de l’Environnement et avec le soutien de l’Agence Espagnole de Coopération Internationale pour le Développement (AECID), a organisé une formation régionale intitulée « Outils et méthodologies pour la conservation des espèces à destination des organisations de la société civile » du 09-11 Juin en Tunisie.

Cette formation a réuni des représentants d’organisations de la société civile venant de l’Algérie, de l’Égypte, du Liban, de la Libye, du Maroc et de la Tunisie. , avec pour objectif de renforcer leurs compétences en matière de conservation de la biodiversité et des écosystèmes. Elle répond à un besoin croissant des organisations de la société civile de disposer d’outils et de méthodologies reconnus pour améliorer la qualité des données produites, orienter leurs priorités de conservation et renforcer l’impact de leurs actions sur le terrain. 

Une première journée consacrée aux outils de conservation

Les participants ont été initiés à plusieurs outils de référence utilisés développés par l’UICN, notamment  la Liste Rouge des espèces menacées et la Liste Rouge des écosystèmes. À travers des exercices pratiques, ils ont découvert différentes bases de données et méthodologies permettant d’évaluer le risque d’extinction des espèces, d’identifier les principales menaces qui pèsent sur elles et d’analyser leur répartition géographique. 

Le programme a également abordé le DNA barcoding, une technique moderne d’identification des espèces contribuant à la conservation de la biodiversité, ainsi que les Zones Clés pour la Biodiversité (Key Biodiversity Areas – KBA) et leur rôle dans l’orientation des actions de conservation.

Cette première journée a été marquée par de nombreux échanges interactifs et travaux pratiques, favorisant le partage d’expériences entre les participants et l’application des connaissances à leurs contextes nationaux respectifs.

Une immersion sur le terrain au cœur des zones humides tunisiennes

La deuxième journée a permis aux participants de mettre en pratique les concepts abordés lors de la formation à travers des visites de terrain dans deux zones humides tunisiennes reconnues comme Zones Clés pour la Biodiversité.

La première visite s’est déroulée à la Sebkha Sijoumi, où les participants ont été accueillis par l’Association Les Amis des Oiseaux (AAO) membre du comité national UICN en Tunisie. Cette immersion sur le terrain leur a permis de découvrir l’importance écologique de cette zone humide urbaine et la diversité des espèces qu’elle abrite.

La visite s’est poursuivie à la Sebkha Soliman, site Ramsar et Zone Clé pour la Biodiversité, avec l’accueil de l’Association de l’Environnement et du Développement à Soliman (AEDS). Les participants y ont exploré différents habitats naturels et discuté des défis et opportunités liés à la conservation des écosystèmes humides.

Le programme comprenait également une visite auprès d’un groupement agricole féminin local, mettant en lumière le rôle essentiel des communautés locales dans la gestion durable des ressources naturelles.

La journée s’est conclue par des ateliers pratiques d’entomologie et d’herbier animés par l’Association Tunisienne de la Vie Sauvage (ATVS), permettant aux participants de renforcer leurs compétences en identification des espèces et en suivi de la biodiversité.

De la connaissance à l’action

La formation a permis de présenter  les principales méthodologies de planification de la conservation des espèces ainsi que les approches développées par le Conservation Planning Specialist Group (CPSG) de l’UICN pour élaborer des stratégies et plans d’action fondés sur des données scientifiques et la collaboration entre acteurs.

Une session dédiée à la priorisation des espèces et aux stratégies de conservation a illustré ces approches à travers des exemples issus de l’Afrique du Nord.

« La session consacrée à la planification stratégique de la conservation a été particulièrement enrichissante. Les outils et méthodologies présentés me permettront d’être plus efficace dans mon travail de terrain et de mieux contribuer aux efforts de conservation des espèces en Tunisie. » Faouz Kilani, Association Tunisienne d’Ornithologie (Tunisie)

Enfin, des travaux de groupe ont permis aux participants de mobiliser  les connaissances acquises et les enseignements tirés des visites de  terrain, afin de concevoir des projets et actions de conservation adaptés aux enjeux de leurs territoires respectifs. 

Une dynamique régionale pour la conservation

Cette formation s’inscrit dans un contexte où les organisations de la société civile jouent un rôle croissant dans la production de connaissances sur la biodiversité et la mise en œuvre d’actions de conservation à travers la région méditerranéenne. Depuis le lancement du programme PPI OSCAN, 38 projets ont ainsi porté sur la protection et le suivi de la faune et de la flore en Afrique du Nord, à travers des activités d’inventaire, de suivi d’espèces menacées, de cartographie, de restauration d’habitats ou encore de sensibilisation des communautés locales. 

En réunissant des représentants de six pays, cette formation a contribué à renforcer les capacités techniques des organisations participantes, tout en favorisant l’adoption d’outils et de méthodologies communs. L’objectif est de permettre aux OSC de produire des données plus robustes, de mieux orienter leurs actions de conservation et de renforcer la valorisation de leurs résultats auprès des institutions, des scientifiques et des décideurs. 

« Cette formation a constitué une excellente opportunité d’échange entre les organisations de la société civile du bassin sud de la Méditerranée. Au-delà des connaissances techniques acquises, elle a permis de partager des expériences, d’apprendre des initiatives menées dans d’autres pays et de renforcer la coopération régionale pour la conservation de la biodiversité. » El Mokhtar Saied , Autorité générale de l’environnement de Libye (EGA). 

Au-delà des apprentissages techniques, l’événement a favorisé les échanges d’expériences, le partage de bonnes pratiques et le développement de nouvelles collaborations entre organisations de la société civile, membres des Comités nationaux de l’UICN et praticiens de la conservation. Ces liens contribueront à  renforcer les synergies régionales et à soutenir des actions de conservation plus efficaces et mieux coordonnées à travers le bassin méditerranéen.